Les béatitudes : une nouvelle « loi », ou la grâce de la présence de Dieu ?

« Blessed are the sat upon, spat upon, ratted on » (extrait des paroles de la chanson de Paul Simon, Blessed : « Heureux ceux qu’on écrase en s’asseyant dessus, sur qui on crache, qu’on trahit »).


Il me semble que Paul Simon comprend bien le sens initial des béatitudes, le sens que voulait dire Jésus. Est-ce aussi clair pour nous ? Ce n’est pas sûr. Selon la version Segond 21, en Matt 5.3 nous lisons : « Heureux ceux qui reconnaissent leur pauvreté spirituelle, car le royaume des cieux leur appartient ». Est-ce vraiment cela que Jésus dit à cette foule ? Ou les traducteurs essaient-ils de rendre compréhensible quelque chose que l’on ne comprend tout simplement pas ? C’est une très mauvaise traduction de l’original. Nous y lisons, en ne traduisant que ce qui est écrit, « Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux leur appartient ». Pour souligner le problème d’une telle traduction, considérons le passage parallèle en Luc 6.20 : « Heureux vous qui êtes pauvres, car le royaume de Dieu est à vous » ! Il n’y a même plus le supplément « en esprit » pour nuancer la qualité de « pauvres ».   

Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux !

Matthieu 5.3

Sans développer les autres béatitudes, cela souligne le problème de notre manière de les interpréter aujourd’hui. Jésus ne dit absolument pas « Heureux les pauvres en esprit parce qu’ils sont pauvres en esprit, ou parce qu’ils « reconnaissent leur pauvreté spirituelle ». Il n’a certainement pas pensé « quelle chose merveilleuse pour tous ces gens d’être dépourvus de tout accomplissement ou attribut spirituel ! C’est ainsi que les gens vont pouvoir accéder au royaume de Dieu ». Les béatitudes ne sont donc pas une série d’affirmations auxquelles nous devons absolument nous conformer si nous « voulons être bénis » par Dieu. Ce sont encore moins, comme le voulait Martin Luther, une série de « lois spirituelles » qui servaient le même but que les 10 commandements pour Israël : nous manifester notre incapacité totale à être dignes du royaume, pour nous pousser vers la grâce du salut par la foi en Christ.


Ce n’est certainement pas cela le but de Jésus dans ce début du résumé de tout son enseignement pratique dans le « Sermon sur la montagne ». Nous ôtons une grande partie du sens de son affirmation sur la disponibilité du royaume si nous visons un soi-disant « esprit louable » ou un autre état d’esprit qui nous « qualifie » pour le royaume. Lorsque nous le faisons, nous remplaçons la grâce de l’Évangile par un autre genre de « légalisme » que la nécessité de « garder la loi ». Car « garder » l’état d’esprit des béatitudes et la suite du sermon sur la montagne, c’est encore moins faisable que d’essayer de respecter toutes les conditions de la loi de Moïse ! Comment aborder les béatitudes, les appliquer à notre vie ?, Comment respecter les exigences de ces trois chapitres (Matt 5-7) ? 

« Jésus s’offre comme portail vers la vie qui est la vie véritable. Lui faire confiance nous mène, aujourd’hui, comme autrefois, à devenir ses apprentis dans une manière de vivre qui est éternelle. Ceux qui entrent par moi, dit-il seront en sûreté. Ils entreront, sortiront et trouveront tout ce dont ils ont besoin. Je suis venu dans leur monde afin qu’ils aient la vie et une vie plus que comblée et complète ».

(Dallas Willard, Divine Conspiracy p.19). 

Si nous revenons au contexte, lorsque Jésus a donné cet enseignement, il était entouré d’une grande foule « de petites gens, de méprisés, de rejetés » par l’élite, par ceux qui se considéraient « dignes » du royaume. Il n’allait certainement pas les écraser encore plus en leur imposant des conditions encore plus rigides et impossibles que la loi. Les pauvres en esprit sont appelés heureux par Jésus, non pas parce que cette pauvreté d’esprit est une condition « méritoire », mais justement, en dépit de, et à cause de leur condition aussi déplorable. Dans l’histoire de l’Église, beaucoup ont enseigné que la pauvreté, la misère et le martyr sont des conditions « méritoires » qui justifient donc que Dieu bénisse. Mais ce n’est pas cela, l’Évangile, ni la bonne nouvelle du Royaume. Pas du tout !


Alors, comment interpréter les béatitudes ? Dans ces quelques phrases, Jésus est en train de dire à tous ces « pauvres » gens, qu’au lieu de leur être totalement inaccessible, au contraire, le royaume de Dieu est là. Plus encore, le message, c’est que Dieu est venu nous chercher, qui que nous soyons, quelle que soit notre situation sociale, familiale, etc. parce qu’il est lui-même venu, que l’entrée au royaume est réellement possible et accessible, à travers Christ, même pour le plus vil des pécheurs, pour les plus malheureux des hommes ! 


« Jésus s’offre comme portail vers la vie qui est la vie véritable. Lui faire confiance nous mène, aujourd’hui, comme autrefois, à devenir ses apprentis dans une manière de vivre qui est éternelle. ‘Ceux qui entrent par moi,’ dit-il ‘seront en sûreté. Ils entreront, sortiront et trouveront tout ce dont ils ont besoin. Je suis venu dans leur monde afin qu’ils aient la vie et une vie plus que comblée et complète’ ». (Dallas Willard, Divine Conspiracy p.19). C’est ce que Jésus appelle « la vie abondante » et ce qui est la vie véritable, la vie du royaume. Une fois de plus, soyons reconnaissants pour un salut si merveilleux, un salut « réellement accessible à quiconque croit » quelle que soit sa condition humaine !

 


Henry Oppewall