« Nous acquitter de notre charge - réellement ! »

En 1 Rois 20, le Seigneur délivre Achab des Syriens. Mais Achab laisse partir le roi syrien, Ben-Hadad, au lieu d’obéir à Dieu. Alors le Seigneur lui envoie un prophète avec une manière de faire assez insolite : le prophète raconte qu’on lui a donné une tâche à accomplir – garder un prisonnier, mais en étant occupé à faire plein d’autres choses, le prisonnier s’échappe. Dieu condamne ainsi Achab pour son manque de vigilance qui lui a valu de laisser partir celui que le Seigneur avait permis de vaincre. 

Quelle est la priorité dans votre Église: la « vigne » ou son « treillis »? Les personnes et le progrès de l'Évangile (la vigne) ou les structures et les programmes (le treillis) ?  C'est à partir de cette image parlante que deux Australiens, Colin Marshall et Tony Payne, mènent une réflexion dérangeante et parfois même provocante, mais qui s'appuie toujours sur l'Écriture.

Nous ne sommes, bien évidemment, pas dans le même contexte. Et pourtant, le Seigneur pourrait-il nous envoyer quelqu’un, se plaignant du même problème – ne pas avoir accompli sa tâche – pour révéler que, nous non plus, nous ne nous sommes pas occupés de ce que le Seigneur nous a confié ?


Dans quelques jours, lors de la Causerie, nous allons terminer notre discussion du livre excellent, L’essentiel dans l’Église, Apprendre de la vigne et de son treillis. Ce livre a été un puissant rappel que notre tâche principale, c’est de faire des disciples, et donc aussi, de transmettre à d’autres, fidèles, ce que nous avons reçu, pour que le processus continue. Si la formation des responsables est une tâche qui incombe surtout aux responsables, pasteurs et anciens actuels, le discipulat est, en principe, la tâche de tout disciple. Mais est-ce vraiment ce que nous faisons ? Il y a un tel tiraillement entre nous acquitter de la tâche principale que le Seigneur nous a donnée et « tout ce qu’il y a à faire » pour « faire fonctionner une Église », y compris dans les attentes et « pressions » des membres. La question fondamentale, c’est justement, pour quelle(s) raison(s) est-ce que nous ne faisons pas ce que nous sommes appelés à faire, par le Seigneur lui-même ?... 

Une fois de plus, je vous livre une citation de Dallas Willard, cette fois tirée d’un texte de John Ortberg dans CTPastrors. (Pour ceux qui lisent l’anglais, vous pouvez le trouver dans son contexte original, dans le lien suivant : http://www.christianitytoday.com/pastors/2010/december-online-only/tisseasonattentive.html). 

« Étant donné le contenu du Nouveau Testament, on pourrait s’attendre à ce que les assemblées locales de chrétiens soient entièrement consacrées à la formation spirituelle de tous ceux qui les fréquentent. Mais, ce que nous trouvons dans la plupart des cas, ce sont des distractions constantes qui détournent de cette tâche principale. Cela arrive à cause des exigences de l’organisation ou même des exigences de « notre foi et de nos pratiques », c’est-à-dire, nos traditions ! Et souvent, nous reconnaissons que ce que nous finissons par faire, ce n’est pas ce que nous devrions être en train de faire ». (Willard Divine Conspiracy p.343).

C’est la même problématique que dans le livre que nous étudions dans les Causeries : passons-nous notre temps à développer la vie de la vigne – nous investir dans des disciples, qui seront par la suite capable, eux aussi, de faire d’autres disciples ? Ou est-ce que nous passons une grande partie de notre temps dans « l’entretien du treillis » – ce qui soutient la vie, certes, mais qui est tout de même secondaire ? C’est quoi, le « treillis », pour la vie de l’Église ? Ce sont les programmes, les activités, les « détails » du « bon fonctionnement » de la vie de l’Église – la planification des réunions, leur gestion, etc. Même certaines formations ! Certes, toutes ces choses aident à fortifier les chrétiens. Mais pas si de telles choses prennent la place de notre tâche véritable !


Rappelons-nous, encore une fois : le but de l’Église, c’est que chaque membre devienne adulte en Christ, pour que, ensemble, l’Église arrive à la stature d’adulte. Combien de fois est-ce que nous glissons facilement vers plus d’activités, plus de personnes présentes dans ces activités, plus de membres sur le registre, un budget en augmentation, etc. ? Nos « formations » font-elles progresser dans l’engagement auprès du Seigneur, pour porter plus de fruits dans la vie et le témoignage ? Aident-elles à vraiment être des disciples et à en faire ?


Nous sommes tous, plus ou moins, en train de préparer nos rapports pour les Assemblées Générales annuelles des associations. Dans ces rapports, allons-nous considérer si Jésus-Christ est plus visible dans la vie des membres, cette année ? Ou allons-nous considérer « juste » les statistiques, les activités, le nombre de nouveaux membres, etc. ?


À quoi ressemblerait l’Église de demain, si chaque membre – et en premier donc, les responsables – était réellement centré sur sa tâche principale, « la formation spirituelle des membres » (tous les membres !) de l’Église locale ?

« Lorsque vous apprenez à quelqu’un à faire du vélo ou à nager, il fait réellement du vélo ou nage. Vous ne lui apprenez pas de telles activités en disant tout simplement qu’il devrait faire du vélo ou nager, ou qu’il est bien de faire du vélo ou de nager, ou qu’il devrait avoir honte s’il ne le fait pas. De la même manière, lorsque vous enseignez qu’il faut bénir ceux qui nous maudissent, qu’ils bénissent réellement ceux qui les maudissent – même les membres de leur propre famille. Reconnaissent-ils les situations, lorsqu’ils sont dedans, pour ce qu’elles sont, pour répondre selon le cœur de Jésus, qui est devenu le leur aussi ?... ». (Willard, p.344) ?

Osons être réellement fidèles à notre vocation !

 


Henry Oppewall