Ni un canon dans un canon, ni un canon indéfini

Parfois on entend dire que la Bible devient Parole de Dieu quand l’Esprit vient (notion néo-orthodoxe). (1) Certains trouvent qu’il faut démythifier la Bible du surnaturel pour retrouver un texte historique des récits (notion libérale). D’autres parlent d’une parole prophétique comme parole de Dieu. Comment cerner ce qui est Parole de Dieu ayant autorité pour nos vies ?


Reconnaître les bases des Ecritures (le canon) Pour les Réformateurs, le caractère divin de la Bible même lui donne son autorité. Ce caractère divin est si évident que quiconque a des yeux pour voir est directement convaincu ; il n’a pas besoin de la médiation de l’Église. (2) Calvin a fait appel au témoignage de l’Esprit Saint dans le cœur des croyants, et surtout à l’auto-attestation des Écritures.


Au témoignage intérieur de l’Esprit Saint qui reste néanmoins subjectif pour reconnaître un texte comme véritable Ecriture, les Réformateurs ont appuyé les aspects historiques (objectifs). Le Christ établit le canon par sa propre parole et son œuvre, et dans le transfert de l’autorité à ses apôtres dans la tradition apostolique. Comme Jésus a équipé et autorisé les apôtres à transmettre la Parole de Dieu (Jn 14.26, 16.13), c’est dans une entière unité avec le Christ que les apôtres ont transmis cette révélation comme fondement de l’église. C’est le Christ ressuscité qui établit et maintient le lien entre ce canon et l’Église.



Les apôtres commissionnés, poussés par l’Esprit (2 Pierre 1.21) Les apôtres ont transmis oralement les enseignements reçus directement du Christ et de son Esprit (Jn 14.26, 16.13). Le Seigneur lui-même, chef de l’Eglise, se tient derrière ses apôtres, qui transmettent ses paroles et ses actes. Quiconque reçoit la tradition apostolique doit la recevoir comme la Parole de Dieu (1 Thess. 2:13). C’est cette autorité donnée par Christ à ses apôtres et c’est l’aide de l’Esprit Saint qui leur a été promise qui ont produit ce « dépôt » de la foi (1 Tim. 6:20; 2 Tim. 1:14; 2:2), que sont les Ecritures, que l’Église doit préserver. L’apôtre Paul écrit « Je vous ai transmis, comme un enseignement de première importance, ce que j’avais moi-même reçu : le Christ est mort pour nos péchés, conformément aux Ecritures ». (1 Cor 15.3 SEM ; 1 Cor 11.23).


Les limites du canon Cette tradition apostolique orale et écrite a été assez rapidement délimitée. L’Église ne voulait vivre par autre chose que ce qu’elle avait reçu par l’intermédiaire des apôtres au nom du Christ. L’Eglise a fermé le canon des Ecritures divines face à l’apparition d’écrits d’origine et d’importance douteuses. Attaquée par toutes sortes d’hérésies qui s’écartaient de ces écrits, la certitude de l’Église s’est renforcée. L’autorité apostolique, basée sur le Christ, était tout à fait unique en caractère et incapable de succession.


La collection (90-180 après J.C.) Une collection de lettres de Paul semble être achevée à la fin du premier siècle que Pierre affirme comme Ecritures (2 Pi 3.1, 2, 16).

Papias de Hiérapolis (70-155), connaissant Jean, reconnait une collection d’Évangiles dès le début du IIe siècle, qu’il appelait « les Ecritures ». (3) Il rejette plusieurs livres, par exemple, la Lettre de Barnabé et le Didache, comme n’étant pas d’origine véritablement apostolique. (4)


L’Eglise de Rome, vers l’an 200 après J.-C., a utilisé dans son culte les quatre Évangiles, Actes, plusieurs lettres de Jean, treize Épîtres de Paul, Jude et l’Apocalypse (le « Canon Muratori »).


Un canon définitif de 27 livres du Nouveau Testament est défini par Athanase en l’an 367 et confirmé par le Concile de Carthage en l’an 397.


- Robert Clifford Pasteur, EPE de Plaisir



Notes :

1 Notion néo-orthodoxe, de Karl Barth, (Dogmatique, Vol 1, Tome 1)

2 Les Réformateurs ont rejeté la doctrine catholique romaine que l’Église est habilitée à faire des déclarations autoritaires sur le canon, ainsi que la tradition. L’Église n’a pas fait une Sainte Écriture; ni proclamé quelque chose d’être un canon. Elle s’est établie sur ses fondements.

3 Eusèbe de Césarée, Ep. de Polycarpe 12.

4 Thiede, C. P. (1994). Un testament est né. Christian History Magazine-Numéro 43: Comment nous avons obtenu notre Bible, Canon au roi Jacques.

Bibliographie recommandée :

Blair, J. (1994). Introducing the New Testament. Nashville, Tenn.: Broadman & Holman

Ridderbos, H. N. (1988). Redemptive History and the New Testament Scriptures (R.B. Gaffin Jr., Éd., H. De Jongste, Trad.) (p. 33-34). Phillipsburg, NJ: Presbyterian and Reformed Publishing Company.

Thiede, C. P. (1994). A Testament is Born. Christian History Magazine-Number 43: How we got our Bible

________ « Canon », Nouveau Dictionnaire Biblique (1992). Institut Biblique d’Emmaüs, Genève.