Qui est réellement Jésus pour nous ?

Cela peut sembler incongru de poser une telle question à des chrétiens, de surcroit, à des chrétiens engagés dans l’Église. Mais je la pose car il est fort probable que nous soyons influencés, malgré nous, par la mentalité « ambiante » de la société qui nous entoure. Une telle question mérite quelques éclaircissements. Au-delà de nos « croyances », de notre pratique de la foi, voyons-nous Jésus comme la personne la plus importante, la plus influente de notre vie ? Si vous dites « oui », est-ce si sûr que ce soit vraiment le cas ? Faisons le petit test suggéré par Dallas Willard dans son livre The Divine Conspiracy (La conspiration divine, p.150) : 

Si vous jouez à l’association des mots, dans n’importe quel contexte, pour donner des noms de personnes bien connues, associées aux mots « intelligents », « qui ont de la connaissance », « futé », etc. Einstein, Bill Gates, et les savants de la propulsion des fusées apparaîtront facilement. Mais une personne sera certainement absente de telles listes. C’est Jésus.
Voici un fait hautement significatif. Dans notre culture, pour les chrétiens tout comme pour les non-chrétiens, Jésus-Christ est automatiquement dissocié de la brillance ou de la capacité intellectuelle. Pas une personne sur mille ne pense à lui spontanément lorsqu’on utilise des mots tels que « bien informé », « brillant » ou « intelligent ».

Avez-vous testé ce jeu des associations ? Et Jésus était-il sur votre liste ? Considérons brièvement la signification d’une telle situation, ses implications pour notre vie et pour notre témoignage. Comme le souligne Willard, considérer Jésus comme un être « très gentil », mais ne pas le placer, aujourd’hui, parmi les personnes les plus brillantes, les plus intelligentes, les plus importantes ou influentes du monde a pour résultat de tuer dans l’œuf tout discipulat véritable. Car comment vouloir être le disciple de quelqu’un que nous « n’admirons » pas vraiment, que nous n’aspirons pas à imiter dans notre propre manière de vivre ? Cela place Jésus en dehors des gens que nous considérons comme intelligents et nous prive, dans la pratique, de toute la puissance de son enseignement, appliqué à notre vie d’aujourd’hui. Je cite encore Willard pour quelques-unes des implications :

Une image très répandue de Jésus le situe comme errant sur les collines de la Palestine, profondément troublé au sujet de son identité, et même au sujet des éléments essentiels de son sujet principal – le royaume des cieux. De temps en temps, il prononce des mots qui n’ont aucune pertinence, même s’ils sont profonds et radicaux, que nous avons conservés dans nos Évangiles.


Pourrez-vous confier votre vie à une telle personne ? Si c’est ainsi que Jésus apparaît pour vous, vous n’aurez aucune envie de devenir son étudiant. Bien sûr que non ! Nous savons tous que nos actes doivent être fondés sur de la connaissance, et nous attribuons le droit à diriger et à enseigner uniquement à ceux que nous considérons comme sachant ce qui est réel et ce qui est le meilleur.

Le problème dure depuis bien longtemps. Tertullien, (155 à environ 225 de notre ère), premier « Père de l’Église occidentale, demanda de façon rhétorique « Quoi de commun entre Athènes et Jérusalem ? Entre l'Académie et l'Église ? Entre les hérétiques et les chrétiens ? » (Ch. 7, Traité de la prescription contre les hérétiques). La réponse juste, d’après lui, c’était « rien du tout ». 


Mais cela nous conduit à considérer qu’une consécration à Dieu est indépendante des connaissances humaines. Et donc à dissocier notre pratique de la foi en Christ de notre manière de vivre, jour après jour, dans ce monde. Pire encore, le point de vue moderne oppose rigoureusement la « sanctification » à l’intelligence. Car on dit qu’on « ne peut pas réussir dans la vie si on applique l’éthique de Jésus » !
Sommes-nous coupables d’avoir adopté, plutôt inconsciemment, cette perspective, nous aussi, dans notre manière de vivre au quotidien, séparant notre foi, l’Église, de notre manière de vivre de tous les jours, de nos pratiques éthiques, au travail, dans nos relations avec les autres, etc. ? Willard a-t-il raison dans sa conclusion, dans la citation suivante ?

Pour toute l’influence énorme exercée par Jésus dans l’histoire de l’humanité, nous devons reconnaître qu’il est souvent pris pour un être pathétique qui vécut et qui vit encore « sur les marges » de la vie réelle. Ce qui se trouve au cœur de ce manque étonnant de considération de Jésus dans la vie « moment par moment » de beaucoup de chrétiens professants, c’est un simple manque de respect le concernant. Il n’est pas sérieusement considéré ni présenté comme quelqu’un ayant de grandes capacités. Que signifie donc notre dévotion ou notre adoration, si on n’inclut pas un simple respect pour sa personne ? Pas grand-chose ! (Willard, p.151)

Tertullien 155-225

premier Père de l'Eglise occidentale

« Quoi de commun entre Athènes et Jérusalem ? Entre l'Académie et l'Église ? Entre les hérétiques et les chrétiens ? » 

« RIEN DU TOUT »

Voici pourquoi il est important de nous demander qui est réellement Jésus pour nous, s’il est vraiment Seigneur et Roi de notre vie – celle de tous les jours, et pas juste « de notre foi ». Soyons vraiment ses disciples, dans tout notre être, dans nos perceptions, dans notre manière de vivre pour qu’il soit présent et « visible » dans notre vie et réellement « attrayant » et une « bonne nouvelle » pour ceux qui vivent autour de nous !

 


Henry Oppewall