Théologie(s) et société – la théologie dans la culture

J’ai appris tout récemment que la faculté de théologie de Princeton, aux États-Unis, est revenue sur sa décision d’accorder son prix annuel, le « Kuyper Prize for excellence in Reformed Theology ». Cette faculté est revenue sur sa décision à cause des prises de position conservatrices au sujet de l’ordination des femmes. Ils ne veulent pas cautionner les positions de Keller tout en l’appelant un « théologien innovant et un leader de l’Église, un catalyseur pour la mission urbaine ».

Avril 2017

Quel lien avec nous, ici en France ? (Je n’aborde pas ici la question du ministère pastoral féminin – l’AEEI a une position claire là-dessus que vous pouvez trouver dans notre Manuel). Mais une telle réaction souligne, si nous en doutions, l’importance de « faire de la théologie », une théologie qui est cohérente et en harmonie avec la Parole de Dieu, tout en reconnaissant que nous allons parfois heurter la culture ambiante. (J’ai déjà abordé ce sujet, un petit peu, en octobre 2015 – l’importance pour chaque chrétien d’être « théologien »).


Développons, brièvement, les implications quant à la théologie par rapport à la culture. Un autre lien avec la faculté de Princeton : le président de cette faculté a récemment déclaré que la chose la plus difficile dans le ministère pastoral aujourd’hui, c’était tout simplement de définir ce que signifie « être pasteur ». Il met le doigt sur un vrai problème, y compris ici en France, car il y a maintenant des mouvements comme « l’Église organique », (qui n’a pas besoin de structures, ni de responsables, qui « pousse » tout naturellement…) ; les Églises de maison, qui semblent rejeter, du moins pour certaines, des lignes de doctrine et d’appartenance plus « large » avec d’autres. Beaucoup d’Églises commencent à considérer que le ministère pastoral est une option « facultative ». Puis, il y a, dans toutes les Églises, les pressions de la culture et de la société. Cette réaction considère que le monde a bien changé et qu’il faut que l’Église « s’adapte » à la culture, y compris pour des questions de doctrine de base, sans même parler des pratiques « plus libres » où la Bible nous laisse une grande liberté d’adaptation…

Je reviens au titre de cette méditation : faire de la théologie dans la culture. Pendant des siècles, l’Église avait une compréhension claire de ce que devait faire un pasteur. Et, brièvement, c’était que le pasteur était tout premièrement un théologien. Pour le dire plus clairement, le pasteur, n’importe quel pasteur, doit être un « théologien » : étudier, comprendre et communiquer les principes et l’enseignement bibliques, les réalités spirituelles, et cela, avec justesse et clarté. Et son appel est donc de nourrir le peuple de Dieu, ou comme Jésus lui-même l’a dit, « faire paître ses brebis ».

« Voilà pourquoi je prendrai soin de

toujours vous rappeler ces choses, bien que vous les connaissiez déjà et que vous soyez affermis dans la vérité présente.... »

2 Pi 1.12-13

Depuis quelques décennies, beaucoup a contribué à un divorce entre la théologie et les « ministères pastoraux ». Le pasteur, quand il y en a un, est un « professionnel » dont on attend des ministères pratiques – les visites, les préparations aux baptêmes, les bénédictions de mariages, les services d’obsèques, la « gestion » du fonctionnement de l’Église, la « relation d’aide », etc. Mais, pouvons-nous vraiment nous acquitter de ces tâches de ministère, si nous ne sommes pas solidement fondés dans la Parole et capables d’examiner, d’encourager mais aussi critiquer nos cultures (celle de nos origines, du pays dans lequel nous habitons, mais aussi notre « culture de vie d’Église ») face à l’éclairage de la Parole de Dieu ?

Cette année, où nous fêtons le cinquième centenaire de la réforme de Martin Luther, considérons l’exemple de ceux qui nous ont précédés – Luther, Calvin, Wesley, Jonathan Edwards, Spurgeon, et tant d’autres. Ils étaient des théologiens qui combinaient l’urgence spirituelle à une profonde connaissance de la Parole de Dieu. Ils avaient aussi analysé et maîtrisé la culture de leur époque et étaient capables d’exposer, de dévoiler les idoles et de ramener les pratiques conformes à l’enseignement de la Parole (du moins, là où on les a écoutés). Renouvelons donc notre engagement à nourrir le peuple de Dieu dans la Parole de Dieu. Examinons notre culture, selon les principes bibliques, pour appliquer ces derniers afin de transformer nos pensées et notre comportement dans ce monde. Puis, aussi important, accompagnons les membres de l’Église pour les aider à réfléchir de manière biblique, « critique », pour examiner leurs pensées, leurs comportements et la société selon la Parole de Dieu.

Martin LUTHER
10/11/1483 - 18/02/1546

Comme le dit l’apôtre Pierre, « Voilà pourquoi je prendrai soin de toujours vous rappeler ces choses, bien que vous les connaissiez déjà et que vous soyez affermis dans la vérité présente. Oui, j’estime juste de vous tenir en éveil par mes rappels aussi longtemps que je suis dans cette tente… » (2 Pi 1.12-13).

 


Henry Oppewall