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La foi qui espère : Dieu s’engage

Patrice Kaulanjan
il y a 9 minutes
8 min de lecture

A plusieurs titres, l’histoire d’Abram, père élevé, constitue un élément crucial de la révélation biblique, mais aussi de la vie humaine. Y voit-on d’emblée la richesse de l’individualisme positif qui conduit au collectivisme communautaire efficace. D’Abram est né un peuple, Israël, par lequel Dieu s’adressa au monde. D’Israël est venu Jésus-Christ, Parole de Dieu pour l’humanité. De Lui est née l’Eglise qui est son corps. La vie de celui dont le nom sera changé en Abraham, père d’une multitude, met en évidence les deux aspects fondamentaux de la vie de l’homme, seul et ensemble, avec une perspective eschatologique. Que dire de l’appel d’Abram s’il faut se limiter à cette amorce d’un long chemin prophétique ?



Pour commencer et laissant de côté toute la complexité de l’hypothèse documentaire sur la Genèse, il est important de préciser que l’histoire d’Abraham est un puissant récit de foi dans la réalité de la vie concrète. Donné à Israël malmené par des guerres, des exils répétés, des conflits territoriaux, comme une source de foi au Dieu unique, qui s’engage et reste fidèle. Elle est aussi pour l’Eglise. Dans cette histoire à la portée prophétique, nous découvrons un mouvement spirituel réel : de la famille à l’individu, de l’individu à la famille, ou encore du collectivisme familial à la foi personnelle et de la foi personnelle à la foi communautaire. Telle est la dynamique de l’Eglise. Certains théologiens protestants voient dans cet appel de Dieu à Abraham la naissance de l’Eglise. Il convient plus de parler d’embryon de l’Eglise, même si certaines racines de l’Eglise se discernent déjà dans la vie d’Abraham. Sans aucune œuvre accomplie, la foi du patriarche lui fut comptée pour justice, affirme l’apôtre Paul en Romains ch.4. De même, l’Eglise est sauvée par la seule grâce de Dieu. Ainsi, Paul affirme qu’Abraham est le père des croyants sauvés par grâce par le moyen de la foi.


Quels sont les éléments essentiels de l’appel d’Abraham qui fait de lui un ascendant de Jésus-Christ ? En quoi les éléments de cet appel touchent notre vie de chrétiens aujourd’hui ?


  1. Dieu rejoint Abraham là où il était.

Il est important de souligner que c’est Dieu qui prend l’initiative de rejoindre Abraham où il était. Il le rejoint Abraham dans son projet migratoire. Le « va » inaugural retentit dans les oreilles de celui qui deviendra notre père dans la foi, alors qu’il était déjà en marche vers Canaan, Gen. 11.31. Sa quête d’une terre hospitalière s’est transformée en un projet éternel qui nécessite un détachement des racines terrestres. En effet, la lecture brève que fait l’auteur de l’épître aux Hébreux de l’histoire d’Abraham indique que le patriarche voyait au-delà d’une simple terre. Hébr. 11.8. D’un mouvement géographique planifié, Dieu en fera aussi un chemin de foi personnelle et collective vers la cité céleste de Dieu.

Dieu rejoint aussi Abraham au cœur de sa vie familiale. Au-delà du mouvement géographique, « va-t’en de ton pays, de ta patrie », Dieu demande à Abraham de quitter sa famille. Saisir la profondeur de ce détachement familial, c’est comprendre que, dans le monde oriental où nous entrons en ouvrant la Bible, les individus vivaient dans une union familiale naturelle avec des structures plus vastes que les nôtres. Par exemple, la « maison » a un sens plus large que notre « famille ». Hors de ces structures, l’homme seul est un étranger, comme Abraham lorsqu’il dut quitter son pays et se couper de ces attaches naturelles. Dans ce contexte, celui qui, pour une raison ou une autre, se trouve exclu de la communauté est vraiment misérable, comme le dit la Psaume 42. En répondant à l’appel de Dieu, Abraham s’est rendu vulnérable. Il a accepté de devenir un « sans famille », un inconnu. En même temps, il a entrepris un chemin vers lui-même comme sujet détaché de la famille. Avec Dieu, il est parti dans une découverte de son être intérieur. Il a découvert ses forces et ses faiblesses et devenir lui-même. L’appel de Dieu conduit dans des chemins de découverte de soi, de précarité, de positionnement personnel, mais toujours riches de la présence de Dieu. Jésus a vécu la même expérience. Il a crié son abandon par le Père. Là, à la croix, Il a appris l’obéissance jusqu’au bout en accomplissant son appel d’être le Sauveur, Celui qui donne l’espérance par son œuvre rédemptrice. L’espérance est fondée sur cet acte salvifique.


Et puis, Dieu rejoint Abraham Dieu dans ses croyances païennes, Josué ch. 24.2. Ainsi se produit en lui un déplacement intérieur à la recherche de sa propre vérité. Il a quitté ses dieux araméens fondés sur la nature, qui garantissaient l’ordre, la fécondité et la paix. Ce déplacement vers le véritable Dieu s’est fait progressivement au travers d’événements qui lui ont permis d’expérimenter la grâce, la puissance, le secours et la bonté de Dieu. Les ressources de sa foi en ses croyances anciennes ont été orientées vers Dieu, seul objet véritable de la foi. Pour marquer le changement et la nouvelle perspective de vie à laquelle il était désormais destiné, Dieu a changé son nom. Il devient « Abraham », ch. 15. A son nom initial, une seule lettre est rajoutée, le « h ». Certains y voient une référence à la « ruah », le souffle de Dieu. Rien n’est tranché concernant l’étymologie du nom du patriarche. Ce qui certain, c’est que Dieu insuffle un air nouveau dans la vie d’Abraham. A la Parole du Seigneur, il rentre dans son projet « Canaan » avec d’autres perspectives. Certes, il débute avec un inconnu qui lui garantit sa direction et son accompagnement. Au fil du temps, il en devient l’ami. Dieu devient une source vivifiante dans sa vie l’irrigant toujours plus abondamment. Cette abondance de Dieu dans sa vie est assurément annonciatrice de l’abondance que Dieu nous accorde en Jésus-Christ, Jean 7. 37-39 ; Eph. 3.14-21. Celle-ci est la présence même de Dieu.

Les termes de l’espérance sont garantis, parce que Dieu est là, présent dans l’appel qu’Il nous a lancé.


  1. Dieu s’engage envers Abraham

L’appel d’Abraham est marqué par deux impératifs chronologiques :

  • « Va-t’en de ton pays vers le pays que je te montrerai »

  • « Tu seras une bénédiction… »

Si la première injonction est claire, la seconde est rendue dans nos textes en français, comme si c’était une prédiction. Il est plus juste de traduire : « Sois ou devient une bénédiction… » C’est la traduction qu’adopte d’ailleurs la Bible à la Colombe.


L’appel de Dieu à Abraham avait un objectif, être une bénédiction. Son obéissance d’entrer dans le projet de Dieu a entrainé des réactions en chaîne. Désormais avec Dieu il deviendra une grande bénédiction pour toutes les nations. Pour cela, Dieu lui fit trois promesses qui lui permettront d’être une bénédiction pour tous :

  • Il deviendra une grande nation

  • Il sera béni

  • Il aura un grand nom


Puis, trois autres promesses accompagnaient l’appel de Dieu à ce sémite en quête d’une terre abondante :

  • Ceux qui le béniront seront bénis

  • Ceux qui le maudiront seront maudis

  • Les familles de la terre seront bénies en lui.


Sans précisions, et encore moins avec un plan détaillé, Abraham est parti avec ces seules promesses de Dieu. Il eut confiance en Dieu. Cette confiance lui sera imputée pour justice selon Romains ch.4.


Les promesses de Dieu envers Abraham se sont accomplies pleinement en Jésus-Christ. En Lui, nous sommes bénis de toutes sortes de bénédictions. Et par nous, son Eglise, Dieu bénit toute l’humanité. Nos Eglises locales, représentations visibles de l’Eglise une, sont une bénédiction pour toutes les nations. Si ces dernières doivent se réjouir, nous aussi devrions être fiers d’être bénédiction de Dieu pour ce monde dans l’opacité de son péché. Etre des faiseurs de paix dans une société aux relations brisées et meurtries est une grâce dont il nous faut intégrer la haute dimension présente et éternelle. Pour cela, Dieu est avec nous par son Esprit et par sa Parole.


Le Dieu est vrai. Il ne peut s’engager dans ce qui ne l’est pas. Son engagement de d’être présent à nos côtés garantie notre foi et son contenu. Nous verrons le Christ tel qu’Il est et partagerons sa gloire. Ce sont des vérités spirituelles invisibles et incompréhensibles pour le monde, mais bien réelles pour l’Eglise du Seigneur.


  1. Dieu chemine avec Abraham

Enfin, progressivement au travers d’événements, quelques fois périlleux, Abraham expérimenta Dieu, d’abord dans une relation d’adoration : A Sichem, « épaule » et à Béthel, deux premières villes où il a habité à Canaan, il bâtit des autels pour adorer, ch.12. 4-9. Là, l’Eternel lui renouvela sa promesse. Quand arriva la première épreuve, une crise économique qui lui fit dévier de son chemin, ch. 12. 10-20, il a subi l’humiliation, mais a eu assez de courage et d’humilité pour revenir à Béthel, « maison de Dieu », où il implora le Seigneur, ch. 13. 1-4. Les disputes de ses bergers avec  ceux de Lot, son neveu, lui ont permis de se recentrer sur Dieu et s’en remettre à Lui, et non sur la bénédiction accordée, la terre, ch. 13.5-18. Après une guerre victorieuse pour défendre son neveu, Abraham a eu la visite ressourçante de Dieu, de manière surprenante et ineffable, mais prophétique, ch. 14. 17-24. Toujours présent, Dieu s’est révélé à lui comme un protecteur, « je suis ton bouclier ». Pour la première fois dans son cheminement avec Abraham, Dieu lui a dévoilé un aspect de sa personne. Il lui a renouvelé aussi sa promesse de lui donner une descendance nombreuse comme les étoiles du ciel, ch15.1-5. Cette promesse renouvelée est arrivée après qu’Abraham ait manifesté son attachement à Dieu. Elle sera scellée lors d’une cérémonie cultuelle où l’Eternel fit alliance avec son serviteur pour la première fois, ch.15. 7-21. Il s’agit d’une autre touche annonciatrice du grand sacrifice à venir, celui de Jésus-Christ, par lequel Dieu fait alliance avec nous.


Malgré le grand écart, le péché, le manque de foi concernant la promesse, relaté au ch.16, Dieu n’a pas abandonné Abraham, même s’il y a treize ans de silence entre les ch.16 et 17. Dieu œuvrait dans de silence en faveur de son enfant meurtri par son manque de foi. Après ce silence, Dieu est revenu vers son serviteur sous un nouveau nom : « le Tout-puissant », ch. 17.1. Celui qui peut tout et qui est capable de prendre soin, c’est le sens du mot « el shaddaï ». Abraham devait comprendre que rien n’est impossible à Celui qui lui a fait la promesse ni son âge avancé et celui de son épouse ni la stérilité de cette dernière. Comme prévu, le fils de la promesse est né.


Le cheminement quotidien de Dieu avec son Eglise dans les joies et les vicissitudes de notre réalité est une preuve qu’Il nous conduira à bon port, vers le Canaan céleste décrit dans l’Apocalypse. Ce qui nous permet de croire que la mort, ultime épreuve, n’est pas la fin, mais un chemin, certes particulier, qui conduit à Dieu.


Cette perspective est rendue possible par Jésus-Christ. Comme annoncé, Lui, le Fils éternel, est venu nous servir et mettre en nous la présence de Dieu pour l’éternité. Le jour viendra où nous serons avec le Seigneur, nous Le verrons tel qu’Il est, nous serons semblables à Lui, parce que débarrassés du péché et de ses conséquences, 1 Jean 3.1-3. Telle est l’espérance de l’Eglise de Jésus-Christ. Comme l’ancre, Hébr. 6.19, qui stabilise le bateau pour qu’il ne dérive au gré des vagues et des vents, que cette espérance nous tienne fidèles au Seigneur dans notre marche vers le Canaan céleste. Comme notre père dans la foi, voyons plus loin que notre vie ici-bas. Voyons la cité céleste au travers de tout ce que nous sommes et accomplissons aujourd’hui.




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