Témoigner ou évangéliser ?

Dans notre En Alliance du mois de septembre, nous avons abordé le besoin de corriger une myopie, pour être capable de voir les « champs déjà blancs pour la moisson » (Jean 4.34). Restant toujours dans le thème de prier le Maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson, considérons un autre élément essentiel de la vision pour pouvoir obéir à cette demande. Cette fois-ci, il ne s’agit pas de myopie, mais d’un strabisme divergeant dans notre vision. Nous voyons peut-être bien les champs, mais nous voyons aussi tellement d’autres choses, que notre regard ne se fixe pas là où il devrait être – sur la moisson.

Si je vous pose la question de ce que devrait faire un chrétien, ou une Eglise, je peux m’attendre à de multiples réponses, et beaucoup ont un genre de « fondement légitime ». Il faut nous aimer les uns les autres. Il faut prendre soin les uns des autres. Il faut accueillir « l’autre ». Il faut manifester qui nous sommes, par nos œuvres bonnes, afin que les gens glorifient le Père…. Et je pourrais continuer, mais abordons cela d’une autre manière, comme le dit Paul en Philippiens 3.13-14 : « Frères et sœurs, je n’estime pas m’en être moi-même déjà emparé, mais je fais une chose : oubliant ce qui est derrière et me portant vers ce qui est devant, je cours vers le but pour remporter le prix de l’appel céleste de Dieu en Jésus-Christ ». Si toutes les activités et choses que j’ai mentionnées peuvent s’insérer dans « le but », faisons-nous vraiment « une chose » en particulière qui en est le fondement ?

Je témoigne de ma propre frustration, lorsque je m’en suis rendu compte. Nous prêchons l’Evangile, nous « évangélisons », mais est-ce vraiment, surtout, l’Evangile que nous annonçons ? J’ai été confus lorsque je me suis rendu compte que beaucoup de chrétiens de l’Eglise, que j’avais formés, lorsqu’ils parlaient « d’évangéliser », en fait, « témoignaient » seulement. Je m’explique : ils parlaient du Seigneur, de son amour, de ce qu’il faisait dans leur vie. Mais en fait, il y avait très peu de fois où ils ont vraiment annoncé l’Evangile, c’est-à-dire, qui était Jésus-Christ et ce qu’il a accompli pour nous. Voyez-vous la différence ? Mais sans annoncer Christ, et pas « juste » ce que Dieu fait dans nos vies, comment les gens peuvent-ils venir au Seigneur ?

Je termine par une citation du livre que nous proposons d’étudier ensemble dans les « Causeries » élargies à tous les pasteurs et responsables qui peuvent être présents, Une Eglise centrée sur l’Evangile. Keller dit, dans le premier chapitre : « L’Evangile est une bonne nouvelle, pas un bon conseil. L’Evangile n’est pas d’abord une façon de vivre. Ce n’est pas quelque chose que nous faisons mais quelque chose qui a été fait pour nous et à quoi nous devons répondre ». Et un peu plus loin, il cite Carson, pour pousser cela encore plus loin : « Parce que l’Evangile est une nouvelle, une bonne nouvelle …, il doit être annoncé. C’est ce qu’on fait d’une nouvelle. La dimension proclamatrice essentielle de la prédication vient de ce que le message principal n’est pas un code d’éthique … et sûrement pas une théologie systématique à présenter et à schématiser » (Don Carson, What is the Gospel, cité dans Keller, p.27-28).


Continuons à prier donc que le Seigneur envoie des ouvriers pour sa moisson. Mais concentrons aussi notre vision sur ce que nous avons à faire surtout et en tout premier lieu : annoncer la bonne nouvelle du salut par la foi en Jésus-Christ !

 


Henry Oppewall