Ajuster son curseur
- Paul BALLUET d'ESTOURNELLES
- 18 juin
- 4 min de lecture
Quand on pense « Ancien Testament », plusieurs éléments nous viennent à l’esprit : des personnages bibliques et historiques d’importance tel qu’Adam et Eve, Moïse ou encore de grands rois comme David et Salomon ; mais aussi un contexte d’un autre temps qui nous semble bien lointain de nos évolutions sociétales. Même le Dieu de l’Ancien Testament peut nous sembler bien différent de celui dépeint dans le Nouveau. Comme si ce Dieu s’était assagi, qu’il avait gagné en douceur, en bonté, et surtout en amour. Cette considération conduit certains à penser que ces différences se reflètent dans les personnes de Dieu, le Père et le Fils. Comme si le Père était dur et froid, et le Fils plus doux et bon.

Pourtant, l’Ecriture nous enseigne que Dieu est immuable, qu’il ne change pas : « Mais toi, tu es toujours le même, tes années ne finiront pas » (Psaume 102.28) ; « …tout cadeau de valeur, tout don parfait, nous vient d’en haut, du Père des lumières et en qui il n’y a ni changement, ni ombre due à des variations » (Jacques 1.17). Même si certains textes de l’Ancien Testament sont plus difficiles à lire par rapport au Nouveau Testament, tous nous parlent du même Dieu dont les attributs de justice, de bonté et d’amour demeurent inchangés.
Si Dieu lui ne change pas, ce n’est pas le cas de l’humanité dont les valeurs varient constamment. C’est donc notre curseur humain qui fausse la lecture que nous faisons de Dieu. S’il nous semble si dur dans certains textes de l’Ancien Testament, c’est parce que la gravité du péché à ses yeux n’est pas la même que la nôtre. Le monde dans lequel nous évoluons nous façonne et le péché corrompt même notre intelligence afin de réduire la gravité du péché, allant même jusqu’à le nier pour soulager la conscience de certains. Cela nous rappelle que le bon curseur n’est pas le nôtre, pas celui qui est corrompu par le péché mais bien le curseur de celui qui est parfait, celui de notre Créateur.
L’Ancien Testament souligne, parfois durement, comment Dieu considère le mal, la désobéissance. La gravité des sanctions prévues par la Loi de Moïse est à la hauteur de la gravité du péché pour Dieu. Et l’Evangile ne dit rien d’autre : le Christ a subi la mort, celle qui nous était justement destinée en sanction de nos fautes, sacrifice ultime que les sacrifices rituels de l’Ancienne Alliance préfiguraient. Pourtant, cette considération plus juste met en lumière toute la bonté de Dieu, son amour inconditionnel pour des pécheurs et la profondeur de la grâce qui en découle. En fin de compte, tout notre curseur est à ajuster sur Dieu, tant sur les aspects difficiles (péché, sanction, colère de Dieu) que sur les aspects plus agréables (bonté, amour et pardon).
Car oui, l’amour de Dieu est bien présent dans l’Ancien Testament. Il suffit d’admirer par exemple la patience incroyable dont le Dieu d’Israël fait preuve à l’égard d’un peuple qui n’a de cesse de se détourner de lui malgré tous les signes extraordinaires que Dieu lui a manifestés. Encore plus incroyable, Dieu ne se lasse pas de pardonner les égarements souvent choquants et particulièrement graves de ce peuple au cou raide.
En tant qu’évangéliques, nous préférons bien plus aborder le Nouveau Testament que l’Ancien. Il suffit d’ailleurs de considérer les textes prêchés le dimanche matin : en proportion, combien relève de l’Ancien Testament par rapport au Nouveau ? En général, la balance penche nettement en faveur du Nouveau Testament. Et c’est tout à fait normal car nous avons constamment besoin d’être nourrit de l’Evangile et de sa pratique. Mais l’Ancien Testament est riche en connaissance de Dieu et de sa volonté. De fait, il a beaucoup à nous apporter notamment pour ajuster notre curseur, non sur notre perception contemporaine humaine mais bien sur la Parole de Dieu tout entière. Car si le Nouveau Testament éclaire l’Ancien, l’inverse est tout aussi vrai : l’Ancien Testament nous donne les clés de lecture pour saisir toute la profondeur que le Nouveau Testament a à nous offrir.
Psaume 1.2 : « Toute sa joie il (l’homme heureux) la met dans la Loi de l’Eternel qu’il médite jour et nuit ». Ce verset a de quoi nous interpeller : comment un texte légal peut-il être source de joie ? Tout simplement parce que ceux qui méditaient les textes de l’Ancien Testament trouvaient les trésors qu’ils contenaient au-delà de la simple lecture. Et les auteurs du Nouveau Testament savaient faire de même : il suffit de voir comment l’Ecriture a nourrit leurs réflexions profondes de par les nombreuses citations qui nous sont rapportées.
Alors nous aussi, apprenons à lire ces textes magnifiques et parfois difficiles afin de plonger dans les trésors qu’ils contiennent par-delà toutes considérations. En y cherchant la face de Dieu, nous grandirons en connaissance de sa personne et cela impactera forcément la relation que nous entretenons avec notre Seigneur, le Dieu d’Israël qui n’a pas changé.
Paul Balluet d'Estournelles, pasteur de l'Eglise de Chambourcy



