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SEIGNEUR, APPREND-NOUS A PRIER

Luc ch. 11. 1-4


Cette demande des disciples de Jésus est sans doute l’une des plus pertinentes faite au Seigneur. D’ailleurs, Il y prête attention et répond sans tarder. Elle est motivée par la vie de prière de Jésus constatée par les disciples, mais aussi par l’enseignement sur la prière donné par Jean-Baptiste à ses disciples : « Jésus priait un jour en un certain lieu… Un des ses disciples lui dit : Seigneur, enseigne-nous à prier, comme Jean l’a enseigné à ses disciple… »


Une question fondamentale que nous pouvons nous poser est la suivante : Qu’est-ce que prier ? A cette question, des réponses diverses sont proposées. La réponse que je propose est de considérer la prière comme une expression de notre amour pour Dieu. Prier, c’est aimer. Prier, c’est aimer Dieu et le prochain. La prière est alors une façon humble de dire à Dieu notre dépendance de Lui, de Lui montrer que nous avons intégré notre finitude, que nous avons besoin de Dieu et nous entrons avec Lui dans une démarche de dépendance et de confiance en Lui. De sorte que l’objet est de nous faire réaliser notre pleine vocation qui est d’aimer Dieu et notre prochain. Prier, c’est porter devant Dieu la cause du prochain et discerner ce qu’il convient de faire concrètement pour lui.  Donc loin d’être simpliste, « Seigneur apprend-nous à prier » est au cœur de notre adoration de Dieu et de notre vie chrétienne. C’est dans cette perspective qu’il convient de comprendre l’exhortation paulinienne, priez sans cesse. 1Thes. 5.17.





Très brièvement, j’aimerais souligner quelques observations relatives à la demande des disciples et à la réponse de Jésus.


1.     La prière est une parole du groupe Eglise

« Quand vous priez, dites : Père. » Jésus commence sa prière en disant simplement : « Père ». Litt. « Abba » en araméen. C’est le terme par lequel les enfants désignaient leur père. Souvent les juifs utilisaient la forme : « Abinu » : « Notre Père ». Ce seul mot introductif, Père, nous définit comme individu et comme Eglise. Ce n’est pas l’activité ou le travail qui nous donne un sens, mais Dieu, Lui-même. Nous pouvons, dit Jésus, nous adresser à Lui comme Dieu, mais aussi comme Père proche de nous.


Si la prière est d’abord une affaire personnelle, elle devient très vite communautaire. « Seigneur, apprend-nous à prier. » « Nous », ton groupe, ceux qui croient en toi et te suivent. D’emblée dans sa réponse, Jésus accentue cet aspect communautaire, dites « notre Père », notre Père commun.


La prière est le partage de l’Eglise pour s’adresser au Père qui est celui de tous. Cette prière met en évidence ce que nous sommes : enfants du même Père à qui nous nous adressons, seul ou ensemble. Cette prière communautaire aussi cimente l’Eglise autour du Père qui écoute, veille sur les siens et est sensible à ce qui les concerne.


Nos temps de prière en Eglise sont plus que de simples rassemblements, souvent pauvre numériquement. Ce sont des moments où la famille de Dieu Lui exprime son amour et sa confiance collective.


2.     La prière est une parole au Père souverain

Le lecteur avisé remarque rapidement que le « Notre Père » proposé par Jésus en Luc diffère ce celui de Mathieu. Ce point est l’un de la problématique synoptique : les trois évangélistes synoptiques rapportent quelques fois les mêmes faits de manière différente. A vrai dire, il n’y a pas de contradiction entre ces deux « Notre Père ». Celui de Mathieu s’insère dans un enseignement détaillé de Jésus, alors que celui de Luc est la réponse une demande, Seigneur, apprend-nous à prier. Cette scène rapportée par Luc se situe longtemps après le « Sermon sur la Montagne ». En répondant à la demande du disciple, Jésus ne voulait sans doute pas lui prescrire un rigide mot à mot du notre Père de Matthieu. Ici en Luc, Il donne plus un plan de prière pour solliciter l’intervention de Dieu dans la vie quotidienne. En un coup d’œil, on constate que ce plan se concentre sur la relation à la personne Dieu, sur la relation à sa souveraineté sur la vie, et sur la relation au prochain. Prier, c’est dire au Père aimant, souverain et miséricordieux que notre amour et notre confiance qu’Il prendra soin de nous. C’est ce Père tendre et tout-puissant qui la puissance de nos prières.


3.     La prière est une parole d’adoration de Dieu

La réponse de Jésus n’est pas une technique de prière. Elle nous amène à l’essentiel, au cœur de notre raison d’être, sanctifier Dieu : « Père, que ton nom soit sanctifié… »  Le sens de cette première requête n’est pas que Dieu sanctifie Lui-même son nom. Sanctifier Dieu est la raison d’être du chrétien, de l’Eglise dispersée et rassemblée.


« Sanctifié » : rendu saint, révéré. Sanctifier Dieu nous ramène aux quatre premières Paroles du décalogue. Le nom de Dieu résume toute sa personne, tout ce que Dieu est, tout ce qu’Il a dévoilé de sa personnalité. Sanctifier ce nom, c’est reconnaitre qu’Il est le seul Dieu. Cette unicité est la première partie de sa sainteté.


Révérer Dieu est la vocation du chrétien et de l’Eglise. Cette prière demande que Dieu soit reconnu comme Dieu et que l’homme ne le réduise pas à sa mesure et à sa propre image. L’illusion de la toute-puissance humaine conduit inéluctablement à la tentation de se considérer comme Dieu. Et ainsi de décider notre vie sans Lui. L’idéale façon de sanctifier le nom de Dieu, c’est Lui faire confiance.


4.     La prière est une parole d’espérance

« Que ton règne vienne… » La venue du Royaume de Dieu est un thème constant dans le message de Jésus. En Lui, le Royaume de Dieu s’est approché des hommes. Mais en un sens, ce Royaume est déjà dans le cœur de tous ceux qui confessent Jésus et vivent dans sa soumission. Dans un autre sens, le Royaume de Dieu est à venir, ce sera quand la volonté de Dieu sera universellement et parfaitement accomplie. Dans sa version, Mathieu rajoute : « que ta volonté soit faite. » C’est pour cela que l’Eglise prie.


Vivre le Royaume de Dieu aujourd’hui est la préoccupation de chacun et de l’Eglise. Personnellement et en Eglise nous incarnons le Royaume par notre témoignage, notre message, notre zèle, notre ferveur et notre confiance en Dieu. Ce sont des signes de la présence du Roi en nous et au sein de son Eglise. Cette dernière attend l’accomplissement « du pas encore » du Royaume de Dieu. C’est le retour de Jésus. C’est l’espérance de l’Eglise.


5.     La prière est une parole pour nos besoins sur terre

En attendant l’accomplissement de notre espérance, il nous faut demander notre pain quotidien : « Donne-nous notre pain de chaque jour. » Nous avons ici un terme très rare : « epiousios », avec des variations qui le rend difficile à traduire, mais la plus convaincante est : « pain quotidien ». C’est une expression générique qui fait référence à tous nos besoins pour vivre ici-bas. Le verbe est au présent : « continue à donner ». Le « chaque jour » indique clairement qu’il faut compter sur Dieu jour après jour. Il s’agit d’une vie dans la dépendance permanente de Dieu, qui conduit à :

  • Considérer notre vie terrestre comme une grâce de Dieu à entretenir et éviter tout spiritualisme irréaliste.

  • Vivre dans la confiance en Dieu pour nos besoins matériels pour ne pas tomber dans l’inquiétude dominante comme si Dieu n’était pas capable de prendre soin.

  • Se contenter de ce que Dieu donne, afin de bannir toute emprise matérielle tyrannique qui éloignerait de Dieu.

  • Prier personnellement et en Eglise pour les besoins propres et pour ceux de la communauté.

 

6.     La prière est une parole pour nos relations

« Pardonne-nous comme nous pardonnons à ceux qui nous ont fait du tort. » Une lecture trop simpliste pourrait faire penser que le pardon de Dieu dépend du nôtre à l’égard de notre offenseur. Il n’en est rien. Le pardon découle de la grâce de Dieu, et non d’un mérite quelconque. La pensée du texte passe de l’inférieur au supérieur : c.à.d « si nous sommes capables de pardonner, à plus forte raison Dieu. » Nous pouvons donc nous approcher de Lui et compter sur sa miséricorde.


Il s’agit du pardon au sein de la communauté de l’Eglise. L’Eglise est relations, quelques fois meurtries. Le pardon est le moyen donné par Dieu pour les rétablir si nécessaire. Il n’y a pas de relations et de communion sans pardon. L’Eglise nous donne l’occasion de l’exercer. Le pardon que nous accordons découle du pardon que nous avons reçu de Dieu. Prier en Eglise pour vivre le pardon de Dieu est un prolongement heureux de la croix. N’est-ce pas une façon de se charger de sa croix ?


7.     La prière est une parole de lutte contre le péché

« Ne nous induis pas en tentation. » Quelques fois « tentation » est traduit par « épreuve ». Selon le contexte, « tentation » est plus approprié. La lecture simpliste peut faire penser que c’est Dieu qui induit en tentation. Ce n’est jamais le cas selon l’apôtre Jacques, Jac. 1. 13. Ici, Jésus exhorte à adopter un comportement qui fuit la tentation, ce que l’apôtre Paul enseigne aussi en Corinth. 6 et 10, en 1 Tim. 6, en 2 Tim. 2. Cette requête est une façon de reconnaitre nos faiblesses personnelles et collectives. Cette similitude nous évite tout jugement en Eglise, particulièrement quand un bien-aimé chute. Elle rappelle aussi la fragilité humaine face à la puissance de certaines tentations du monde, de la chair, du diable. Cette requête nous renvoie à nous- mêmes à notre vulnérabilité. Cela permet de rester dans l’humilité dans la communauté et d’entrer dans un chemin de compassion selon ce que dit Paul : « Si tu vois… Prends garde à toi… Portez les fardeaux… » Gal. 6.1-4.


« Seigneur, apprend-nous à prier ». Jésus nous donne plus qu’une façon de prier. Il nous fait entrer dans les profondeurs de la relation avec Lui. Les observations suivantes le montrent :


-       Du ciel à la terre : Comme on le constate, cette prière part du ciel avec le Père céleste qui est au-dessus de nous, traverse notre besoin d’espérance, touche notre besoin matériel et relationnel, et arrive dans notre fragilité. Jésus a fait ce chemin du ciel à la terre jusqu’à la fragilité humaine sans commettre de péché même dans la tentation. C’est pour cela qu’Il peut compatir à notre situation, dit l’auteur de l’épître aux Hébreux.

-       Dieu sanctifié dans notre vie : Toute la prière tourne autour de la sainteté de Dieu : Saint, parce qu’il le seul ; saint parce qu’il est le seul qui donne l’espérance ; saint parce qu’Il prend soin de sa création ; saint parce qu’Il pardonne à cause de sa sainteté ; saint parce qu’Il est capable de se mettre à notre niveau d’humain. Quand nous laissons Dieu être le sens de notre existence, sa paix rassure notre vie.

-       De la terre au ciel : Notre fragilité nous ramène à Dieu, à l’imploration de son secours. Nous avons eu ce secours en Christ. Finalement, la demande du disciple amène une réponse centrée sur le Christ. En priant seul ou en Eglise, c’est Jésus que nous élevons, même dans nos supplications pour ce qui concerne votre vie pratique.


Prions le « Notre Père » avec cette pensée.


-Patrice Kaulanjan, pasteur et président

 

 

 

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