Vaccin, marque de la bête ?

La bête

Il est question de la marque de la bête dans l’Apocalypse à la fin du chapitre 13. Il s’agit de la marque de la bête qui monte de la mer et dont un tableau est brossé au début de ce chapitre. Cette bête, nous est-il dit, avait un corps de léopard, des pattes d’ours et une gueule de lion, et elle proférait des paroles blasphématoires. Elle cumule ainsi les traits de quatre animaux qui apparaissent dans la vision relatée au chapitre 7 du livre de Daniel. Dans cette vision de Daniel, ces quatre animaux représentent quatre empires qui se sont succédé dans l’histoire, des empires totalitaires, souvent persécuteurs du peuple de Dieu, notamment parce qu’ils ont voulu imposer un culte idolâtre à leurs sujets, ou encore imposer des transgressions des lois de Dieu. Dans l’Apocalypse, puisque la bête est un assemblage de traits des quatre animaux de Daniel, elle est la récapitulation des empires de ce monde, des régimes totalitaires, des régimes qui imposent des lois contraires aux lois de Dieu, voire l’idolâtrie, et qui persécutent le peuple de Dieu qui refuse de se soumettre sur ces points. L’image de la bête signifie qu’un même principe, une même puissance est opérante dans ces régimes totalitaires qui tendent à usurper la place de Dieu et à persécuter son peuple. La bête tire son pouvoir du dragon, le diable, qui se sert de ces États dictatoriaux pour s’opposer à Dieu et à son peuple. Ainsi Nabuchodonosor exige qu’on rende un culte à la statue qu’il a érigée et fait jeter dans la fournaise les trois amis de Daniel, Darius interdit de prier une autre divinité que lui et fait jeter Daniel dans la fosse aux lions, Antiochus Épiphane tente de supprimer la religion juive et persécute les Juifs.


Les régimes totalitaires, qui se divinisent ou s’opposent à Dieu et à sa Loi, qui persécutent le peuple de Dieu sont des manifestations de la bête à divers degrés. Selon l’Apocalypse, la bête doit elle-même venir à la fin de l’ère présente : il s’agit de l’antichrist, qui fédérera l’humanité dans un ultime sursaut de révolte contre Dieu, portant l’opposition à Dieu et à son peuple au paroxysme. Mais c’est alors que Christ reviendra et il mettra un terme à ses agissements pour établir son royaume de justice et de paix.

La marque de la bête

À l’époque de Jean qui écrit l’Apocalypse, à la fin du premier siècle de notre ère, le culte de l’empereur était très développé dans la province romaine d’Asie où se trouvaient les sept Églises destinataires de ce livre. Certains gouverneurs exigent périodiquement la participation au culte de l’empereur. Ce culte était aussi considéré comme un moyen pour une cité d’obtenir de l’empereur des faveurs ou des subventions. Les grandes cités avaient leur dieu patron et tout bon citoyen était censé participer à son culte. Les chrétiens qui refusaient de participer à ces cultes étaient mal vus, considérés comme ennemis du bien de leur cité, parfois persécutés, voire mis à mort.


Pour exercer certains métiers, il fallait appartenir à une corporation, généralement placée sous le patronage d’une divinité, et qui pratiquait régulièrement les rites idolâtres. Une fois par an, on célébrait un dîner en l’honneur de cette divinité au cours duquel on rendait aussi hommage à l’empereur. Le chrétien qui refusait de participer à ces rites risquait d’être exclu de la corporation et de ne plus pouvoir exercer son métier.


Pour réussir dans le monde des affaires, ou pour gravir les échelons de la société, il était nécessaire de cultiver des relations en s’affiliant à l’une ou l’autre association. Là encore, la participation au rituel en l’honneur de la divinité patron de l’association et au culte de l’empereur était de mise.


Lorsque l’Apocalypse mentionne l’image de la bête et du culte qui lui est rendu, elle fait allusion aux statues de l’empereur et des diverses divinités locales. Porter la marque de la bête, c’était participer à ces cultes païens. Jean dit que personne ne pouvait acheter ni vendre sans porter la marque de la bête. Ce n’est pas à prendre littéralement car il n’y a pas eu à l’époque d’interdiction semblable. Mais cela fait référence aux circonstances que je viens d’évoquer et qui limitaient la participation à la vie économique ou la réussite sociale des chrétiens.


Le monde d’alors était aussi très licencieux. Certaines cérémonies païennes pouvaient d’ailleurs dégénérer en orgies. Et de mauvais enseignants jusque dans les Églises prétendaient qu’on pouvait être chrétien et pratiquer l’immoralité sexuelle. Porter la marque de la bête, c’était aussi faire comme les gens de la société ambiante à cet égard. À plusieurs reprises, l’Apocalypse dénonce l’immoralité. Elle dénonce aussi la malhonnêteté qui était sans doute monnaie courante à l’époque. Et elle recommande d’être irréprochable dans ces domaines.

Et aujourd’hui ?

La bête se manifeste aussi de nos jours. On pense évidemment à tous ces États qui persécutent les chrétiens, ou restreignent leur liberté, et ils sont nombreux. Dans certains pays, les chrétiens n’ont pas ou n’avaient pas accès à des études universitaires, ou à des fonctions administratives. Cela fait penser à la marque sans laquelle on ne peut acheter ni vendre.


La bête se manifeste aussi dans les pays du monde occidental qui se disent démocratiques, mais au sein desquels on assiste à des dérives allant dans le sens du totalitarisme.


Différents penseurs ont dénoncé la pensée unique que des élites, dont les media se font les relais, tentent d’imposer. On fabrique ainsi une bien pensanse qui façonne l’opinion générale, au gré des élites ou des dirigeants. Ce qui s’écarte de la pensée unique, de la pensée présentée comme normale, du politiquement correct, est tourné en dérision, présenté de manière caricaturale et irrecevable. On procède par amalgame tordu ou à l’aide de qualificatifs péjoratifs. Par exemple, les participants à la manif pour tous sont taxés de ringards, de rétrogrades, d’ennemis du progrès social, d’obscurantistes, de réactionnaires, voire d’extrémistes de droite. Les opposants aux PACS, à l’époque, avaient été traités de racistes. Qui ose qualifier l’IVG d’homicide se fait aussi taxer d’extrémiste religieux. Et tout cela évite le débat sur le fond. La pensée unique ne se discute pas. Et ainsi se crée une atmosphère qui produit l’impression subtile que les idées qui forgent la mentalité du monde qui nous entoure sont évidentes et n’ont pas besoin d’être argumentées. Bien de nos contemporains baignent dans cette atmosphère sans en être conscients...


Dérive totalitaire aussi lorsqu’on impose aux enseignants de promouvoir et de justifier dans les écoles la conception de la liberté d’expression prônée par les élites, les politiques et les media, alors qu’il y a d’autres manières de concevoir la liberté d’expression, et en tout cas une manière plus conforme à l’Écriture que celle que l’on veut imposer. Où est la liberté de conscience et d’expression de ceux qui ne sont pas d’accord avec la conception imposée de la liberté d’expression ?


Dérive totalitaire lorsqu’on veut supprimer la clause de conscience pour les médecins qui refusent de pratiquer un avortement.


La bête se manifeste encore dans certains pays dits démocratiques par les restrictions à la liberté d’exercice de la religion, ou à la liberté d’expression des convictions religieuses dans le domaine public, ou encore des entraves sont mises à l’érection de lieux de culte.


Et c’est la bête qui se manifeste lorsqu’un gouvernement veut que les lois de la République priment sur les lois de Dieu et que ce gouvernement édicte des lois contraires à celles de Dieu : la République revendique alors la place de Dieu.


Il y a encore d’autres formes d’idolâtrie dans notre monde, qui visent à attribuer à autre chose la place qui revient à Dieu. L’amour de l’argent, dit Paul, est une idolâtrie. On pourrait parler aujourd’hui du dieu pouvoir d’achat. La course à la consommation et aux loisirs, prise comme but essentiel de la vie, est une autre forme d’idolâtrie.


Ou encore, le système économique mondialisé, dominé par la finance, et en partie incontrôlé, est une autre forme de totalitarisme qui asservit les gens conquis par le système, des gens qui vivent en fin de compte pour le système, tout en laissant de côté un nombre d’exclus.


Finalement, l’être humain s’érige lui-même en dieu, prend la place de Dieu lorsqu’il revendique le droit de décider ce qui est bien pour lui-même, souvent en fonction de son simple ressenti, et revendique jusqu’au droit de décider de son être, de son sexe.


Je donne bien d’autres exemples dans mon commentaire sur l’Apocalypse (voir sur les chapitres 13 et 17-18).


Porter la marque de la bête dans notre monde, c’est adopter la pensée ambiante au lieu d’aligner ses pensées sur les pensées de Dieu telle qu’il les a révélées par sa parole. Et c’est adopter les comportements du monde ambiant contraires à la parole de Dieu. Ésaïe appelait ses contemporains à la conversion en ces termes : Que le coupable abandonne sa voie, et l’homme malfaisant ses mauvaises pensées ! Et qu’il revienne au Seigneur qui aura compassion de lui. + Rm 12 Et cela concerne tous les domaines de la vie : c’est par exemple être véridique, dans un monde où le mensonge est monnaie courante, intègre, honnête en affaires, cultiver la pureté dans le domaine sexuel, faire preuve de sobriété dans l’usage des biens de ce monde.


Donc la marque de la bête, c’est l’allégeance à ce monde, l’adoption de ses modes de pensée et de comportement. Refuser la marque de la bête, c’est se démarquer des modes de pensée et de comportement du monde ambiant, en adoptant une pensée et une manière de vivre conformes à la révélation de Dieu consignée dans la Bible.

Les vaccins anti-covid

Le pass sanitaire est-il la marque de la bête ? En fait, trois sujets sont étroitement liés, mais il faut tout de même les distinguer : la question du vaccin, le sujet de l’obligation vaccinale, et celui du pass sanitaire. Commençons par les vaccins. Les vaccins en eux- mêmes ne sont pas la marque de la bête. Ce n’est pas en se faisant vacciner qu’on porte la marque de la bête. Donc, si vous voulez vous faire vacciner, pas de problème à cet égard.


On peut cependant s’interroger d’un point de vue éthique sur l’obligation de vaccination pour certaines catégories de personnes, voire, peut-être à l’avenir, pour l’ensemble de la population. N’y a-t-il pas là une atteinte à la liberté et à la responsabilité individuelles ? Cela ne va-t-il pas dans le sens d’une dérive totalitaire ?


Certes, la volonté de faire vacciner toute une population émane d’une bonne intention : on cherche à protéger la population contre un virus particulièrement agressif et contagieux, à prévenir la saturation des services hospitaliers, et aussi à préserver la vie économique, car beaucoup de gens ont grandement souffert des restrictions sanitaires depuis l’apparition de la pandémie. Mais cela suffit-il à justifier l’obligation vaccinale ?


Concernant les vaccins en général, la pensée unique domine encore une fois les media. Des médecins déconseillent dans leur cabinet le vaccin contre la grippe. Beaucoup de médecins sont opposés à l’administration aux enfants des onze vaccins récemment rendus obligatoires en France. Mais à ma connaissance, leur voix n’a pas été entendue dans les media.


Quant aux vaccins contre le covid, ils ne sont pas sans risques. Des personnes sont décédées d’une thrombose après injection d’un vaccin. D’autres ont attrapé une maladie neurologique. Concernant les ARN messager, des gens sérieux, médecins, biologistes, et même l’un des pionniers ayant contribué à l’invention de cette technique, expriment des réserves à propos de ce nouveau type de vaccins (d’ailleurs, sont-ce de simples vaccins ? Ce ne sont en tout cas pas des vaccins comme ceux qui existaient jusque-là) parce que personne ne sait aujourd’hui quelles pourront être les conséquences à long terme de l’administration de ces vaccins à grande échelle et de façon répétée. Le principe de précaution peut être invoqué aussi bien dans un sens que dans l’autre.


Au vu de ces considérations, l’obligation vaccinale peut paraître relever d’une dérive totalitaire.


Le pass sanitaire ne pose pas de problème a priori lorsqu'il est exigé dans des lieux où l’on n’est pas obligé de se rendre, comme les restaurants, les cinémas, les musées, etc. En revanche, lorsqu’il rend la vaccination obligatoire pour certaines personnes, alors il peut paraître relever d’une dérive totalitaire. C’est le cas par exemple pour les soignants, pour les patients qui se rendent dans les hôpitaux. Et je pense en particulier aux femmes enceintes pour lesquelles les risques de la vaccination pourraient éventuellement être accrus. C’est encore le cas pour les gens qui sont obligés de prendre le train ou l’avion pour leur activité professionnelle. Bien sûr, un test négatif peut suffire. Mais lorsque cela devient régulier, c’est très contraignant.


Telles sont les réflexions sur ces vaccins, en l’état actuel des connaissances, mais aussi en l’état actuel de l’absence de connaissances, d’un citoyen lambda sans compétence particulière en la matière.


Ceci étant dit, c’est pour l’État que se pose la question de la légitimité d’imposer la vaccination. L’individu qui se fait vacciner et qui reçoit un pass sanitaire ne prête pas pour autant une allégeance inconditionnelle à l’État. Ce n’est pas ainsi qu’il portera la marque de la bête. Comme je l’ai dit précédemment, il y a bien d’autres manières de porter la marque de la bête aujourd’hui.


Concernant les vaccins, à chacun ensuite de prendre ses responsabilités...


- Sylvain Romerowski

Professeur, Institut Biblique de Nogent